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L’application Yuka en danger

Publié le : 5 juillet 2021Par Claire Lelong-Lehoang

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Connaissez-vous l’application Yuka ? Indépendante et gratuite, elle décrypte les étiquettes alimentaires et note les produits transformés. Aide précieuse pour les consommateurs, elle leur permet de faire de meilleurs choix… Mais elle risque de disparaître, sous la pression du lobby de la charcuterie. Une atteinte de plus à l’information indépendante, à la liberté d’expression et à la défense de la santé du plus grand nombre.


La charcuterie, cancérigène avéré

En 2015, l’OMS et le Centre international de recherche contre le cancer (CIRC) avaient déjà classé la charcuterie comme cancérigène catégorie 1 : trop grasse, trop salée, et surtout trop de nitrites ajoutés. Les nitrites sont utilisés comme additifs par les fabricants pour allonger la durée de conservation des produits, et surtout pour donner une couleur rose alléchante aux jambons et autres saucissons. Il s’agit des E249 (nitrite de potassium), E250 (nitrite de sodium), E251 (nitrate de sodium), E252 (nitrate de potassium). Pour autant, leur interdiction n’a à ce moment-là pas été actée.

En février 2019 cependant, le jambon sans nitrite est présenté comme la nouvelle tendance au rayon charcuterie. Deux problèmes persistent : il est remplacé par une plus grande quantité de sel, et le consommateur a encore besoin d’une rééducation à l’aspect naturel des aliments : le jambon, c’est gris !

Yuka attribue des mauvaises notes aux andouilles & co.


Depuis 2017, l’application Yuka a changé la manière de consommer de plus de 21 millions d’utilisateurs. Elle permet aux consommateurs de mieux orienter leurs choix dans les rayons des magasins, pour manger plus sainement, grâce à une notation des aliments transformés et à un nutriscore. Les produits charcutiers y sont affichés en orange ou rouge : médiocre / mauvais / à éviter. Forte de son succès et face à l’urgence de la situation, elle adopte une démarche de plus en plus militante. Pourquoi continuer à utiliser des nitrites dans nos aliments alors qu’on sait aisément faire sans ?

Une pétition contre l’ajout de nitrites

En décembre 2020, avec La ligue contre le Cancer et Foodwatch, Yuka va encore plus loin et demande le retrait des nitrites dans toutes les charcuteries, responsables de cancers du côlon et de l’estomac. Pour cela, le trio lance une pétition : sur l’application, chaque consommateur scannant le code barre d’une charcuterie est immédiatement redirigé vers la pétition et invité à la signer. Elle comptabilise à ce jour 340 000 signatures. En parallèle, un rapport parlementaire publié en janvier 2021 évoque une proposition de loi visant l’interdiction générale de l’utilisation d’additifs nitrités dans la charcuterie à compter du 1er janvier 2023. Bonus : une entrée en vigueur plus précoce de cette interdiction est prévue dans la restauration collective scolaire, hospitalière, carcérale et médico-sociale.

Les lobbies contre-attaquent

C’en est trop pour l’industrie agro-alimentaire qui contre-attaque en justice : la Fédération française des industriels charcutiers traiteurs (FICT) assigne les trois organisations au retrait de la pétition. Selon eux, elle « nuit à leur image alors qu’ils respectent les doses légales d’utilisation des nitrites ». La FICT argumente que « Tous les pays du monde (sauf l’Iran) utilisent ces additifs légaux, les autorisent, les rendent même obligatoires dans certains pays ». Elle demande que la future loi attende la parution du rapport scientifique de l’Anses, attendu courant 2021. Surtout, la FICT joue sur le fait qu’un lien ait été établi entre l’information nutritionnelle et une démarche militante. Le tribunal de Commerce de Paris vient de rendre son verdict : Yuka est pénalisée d’une amende de 20 000 € de dommages et intérêts pour « pratique commerciale déloyale et trompeuse » et « dénigrement au préjudice » ! L’organisation indépendante est aussi contrainte de retirer ses notations désavantageuses des charcuteries contenant des nitrites.





Muselage, intimidation… Yuka paie cher son engagement pour la santé de tous : elle risque de disparaître sous le poids de l’amende. Julie Chapon, sa co-fondatrice, fait bien sûr appel de cette décision, et déplore que « les arguments des lobbies industriels aient primés sur l’information et la défense des consommateurs ». Pour manger mieux, limitez les produits transformés et ultra-transformés ; choisissez une majorité d’aliments bruts, non emballés dans du plastique. D’ailleurs, depuis peu, Yuka note également l’impact environnemental des produits alimentaires. Ça n’a pas fini de fumer…



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