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Green life – Manger écolo, Acheter à la ferme

Par Claire Lelong-Lehoang, Paru dans Naturissime n°2 (petit frère de Santé Magazine)


En France, un tiers des gaz à effet de serre proviennent de notre alimentation. Pour protéger l’environnement, une solution : acheter local et en circuits courts. Aussi bon pour notre santé que pour nos relations humaines. Claire Lelong-Lehoang.





Nos experts

Arnaud Brulaire

Consultant en transition écologique chez Caquésiau conseil, référent local de la FresqueduClimat.org, animateur et formateur du jeu-kit pédagogique "Inventons nos vies bas carbone". Auteur de Tous Consom’Acteurs, le guide pour changer son quotidien, eds. Rustica.


Linda Louis

Autrice du blog www. cuisine-campagne.com et du compte Instagram @LindaLouisBerry, de livres de cuisine bio, locale et sauvage. Son dernier ouvrage :‘Super chanvre et CBD’, Botanique et recettes.


Maxime de Rostolan

Fondateur de l’association Fermes d’Avenir et de Blue Bees, première plateforme de financement participatif dédiée à l’agriculture, à l’agroécologie et à l’alimentation responsable.


Sodeh Hamzehlouyan

Administratrice du réseau Amap Ile-de-France


David Mangin

Créateur de l’association Envi’D’avre

Délaisser les grandes centrales de distribution alimentaire pour revenir à la source, en diminuant le nombre d’intermédiaires, voilà un véritable engagement sociétal. « Il s’agit bien de sauver l’humanité et une bonne partie du vivant, lance d’emblée Arnaud Brulaire, auteur de Tous Consom’acteurs, investi dans la sensibilisation au changement climatique, à l’autonomie et à la réalité du bilan carbone. Acheter à la ferme, c’est renouer avec les saisons, sortir de l’habitude du service immédiat, redevenir acteur de ce que nous consommons, et établir un échange entre les consommateurs et les producteurs », martèle ce spécialiste.

Les scandales alimentaires, l’importance croissante de l’écologie, le besoin d’un retour au naturel ont initié ces nouvelles formes de consommation. Les deux mois de confinement en 2020 ont accentué cette tendance, en rappelant que sans transporteurs, les grandes surfaces ne sont pas approvisionnées. Les seuls à pouvoir fournir les consommateurs sont alors les producteurs régionaux.


DEVENIR CONSOM’ACTEUR

Acheter local, c’est soutenir les hommes et les femmes qui œuvrent en amont de notre assiette, et encourager indirectement l’installation de jeunes agriculteurs. Certes, en regard des produits de l’hypermarché, acheter à un agriculteur coûte parfois plus cher. Mais en faisant ce choix, on ne se contente pas de faire provision de produits locaux et de saison : on finance le travail direct de celui qui produit, et non un intermédiaire. «Je dirais en effet plutôt qu’à qualité équivalente (gustative et nutritionnelle), l’achat en direct est souvent moins cher car il supprime la marge de l’intermédiaire », précise Arnaud Brulaire. On participe à pérenniser l’agriculture française de demain.


MANGER LOCAL ET DE SAISON

Non seulement le choix d’acheter des produits locaux améliore le bilan carbone de notre alimentation, mais il est aussi le meilleur moyen de cuisiner des fruits et légumes frais, venus de la région sans jours de transport et de réfrigération, donc bien pourvus en vitamines et minéraux. Commencez progressivement pour peu à peu construire votre réseau de fournisseurs locaux. Dans un premier temps, astreignez-vous juste à privilégier les produits français, voire européens. Puis sélectionnez les producteurs à 150 km autour de votre habitation. Enfin, créez des regroupements pour diminuer encore le bilan carbone des déplacements nécessaires pour faire vos courses. La clé, c’est la mutualisation.


ET SI JE CRÉAIS UN RÉSEAU ?

Avaler des kilomètres seul(e) dans sa voiture pour acheter des produits chez différents producteurs : l’équation n’est pas écolo. À moins qu’il soit possible d’aller chercher ses aliments en vélo ou à pied, l’option co-voiturage est à étudier. Il est aussi possible de proposer à l’auto-école de la ville, voire aux transports scolaires, participer aux livraisons des denrées pendant leur tournée. Entre voisins, amis et famille, pensez à regrouper les achats pour limiter les déplacements et obtenez ainsi de meilleurs tarifs. Commencez par créer un groupe WhatsApp entre voisins par exemple ! Très vite, les plus motivés livreront leurs bons plans, visiteront des producteurs, testeront des produits et partageront le tout. L’idéal est de finir par établir une liste des producteurs dans un rayon de 10 à 20 km. Demandez aux fermes les plus proches comment elles vendent leur production : dans une boutique sur place, sur les marchés, en Amap ? Parlez aussi de votre démarche autour de vous, le bouche-à-oreille compte beaucoup. Sur Facebook, recherchez un groupe d’entraide en tapant le nom de votre département + « sans supermarché ». Vous pourrez rejoindre une communauté pour échanger les bonnes adresses et tenter par exemple un défi du type « 1 mois sans supermarché ».

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Mon portefeuille, il en dit quoi ?

Difficile de dire de combien les achats à la ferme font monter la note du budget alimentaire mensuel… Car on n’achète pas au producteur les mêmes produits qu’en grande surface ! Et les écarts de prix sont variables entre les régions, selon les saisons… Cependant, ces produits de qualité ont globalement un coût de + 30% environ. Mais parfois on peut trouver du qualitatif à un prix sensiblement égal.

Pour réussir à manger local tout en maîtrisant votre budget :

- Achetez des produits bruts et cuisinez-les

- Privilégiez les achats de légumes chez le producteur où ils sont clairement plus accessibles, à prix équivalent avec le conventionnel voire à +20%.

- La viande biologique en caissettes de 10 kg (12 à 15€/kg) chez le producteur, à partager entre voisins, famille, amis…voire à congeler. Les achats en gros reviennent moins cher, ou à équivalent. Et surtout, la qualité est nettement supérieure.

-Les fromages sur le marché en questionnant le vendeur pour connaître la provenance ; et choisir des petits fromages de chèvre à 1,50 €/2 €, ce sont les moins chers.

-Pour le vrac (amandes, pâtes, riz…), favorisez les épiceries bio . Car en conventionnel et/ou en sachets, il est parfois 10 à 30% plus cher.

-Enfin pour les fruits d’été (par opposition aux fruits de garde - pomme, poire) dont les prix peuvent s’envoler en circuits courts et en bio : rusez et profitez de l’abondance gratuite qui existe chez les particuliers (qui parfois ne les mangent pas et peuvent vous en offrir – cerises, framboises, figues…), dans les champs abandonnés…


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Où et comment acheter à la ferme ?


1. En magasin ou chez le producteur


- Au marché : demandez, surtout dans les grandes villes, d’où viennent les produits : direct producteur ou négociants de Rungis ?

- Dans un supermarché coopératif tels que La Louve à Paris, Scopéli à Nantes, Le Chaudron Coop à Versailles…

-Dans les fermes locales et les magasins de producteurs : vous avez là l’opportunité de créer un lien avec les producteurs.

-Dans les micro-fermes : L’escargot tranquille, en Mayenne, par exemple.

-Dans les magasins de producteurs et les épiceries locavores (consultez la plateforme Magasin-de-producteurs.fr).

-Dans les jardineries qui proposent des rayons marché & produits du terroir mettant en valeur des produits issus de coopératives et d’artisans locaux. Par exemple, les Fermes de Gally dans les Yvelines, qui proposent aussi des cueillettes à la ferme.

- Chez Biocoop : ces coopératives bio informent sur les origines des produits, et assure des garanties sur les conditions de rémunérations des producteurs.


* Deux plateformes de recherche à consulter : Acheteralasource.com

Mon-producteur.com



2. Se faire livrer à un point de retrait ou chez soi


- Les AMAP (Associations pour le maintien de l’agriculture paysanne) permettent depuis 2001 de s’engager, via une adhésion de 6 mois ou 1 an renouvelables, pour soutenir des producteurs locaux, en précommandant à l’année des livraisons de paniers de saison. « Le bénévolat permet une réduction des prix intéressante, car sans aucun intermédiaire. C’est le seul système qui contribue directement à installer et pérenniser des producteurs près de chez soi, en leur permettant de vivre correctement de leur travail, explique Sodeh Hamzehlouyan, l’administratrice du réseau Amap IDF. L’Amap simplifie et mutualise les propositions dans certaines régions comme l’Ile-de-France, où il existe peu de propositions de vente directe. En parallèle, cette formule permet d’accompagner des néoruraux qui souhaitent devenir paysans, 70 par an concrètement ». Comptez 19 € le panier pour 2 personnes pour une semaine. Bonus : les producteurs d’AMAP respectent en grande majorité les certifications bio. Seul (petit) bémol : on ne choisit pas ses produits livrés. Il faut savoir improviser !


- La Ruche qui dit Oui : cette plateforme d’économie collaborative propose un système de commande à la carte et ponctuel. Les producteurs sont sourcés à 150 km de chez vous et on est livré dans un des 12 000 « Ruches » de France. Si cette formule est plus confortable que l’AMAP (pas d’engagement, commande en ligne, vaste choix, pas besoin d’être bénévole pour animer les distributions), les prix sont plus élevés, dû aux 20% prélevés sur le prix de vente.


- Les paniers bios dans les magasins Biocoop ou Naturalia.


3. Acheter aux fermes en ligne, prolongement des magasins

Tapez dans un moteur de recherche « consommer des produits locaux » et votre département pour découvrir les possibilités. Certaines fermes livrent leurs produits via des plateformes web :

- Les Drive-fermiers : la plateforme Drivefermier.fr-Bienvenueàlaferme qui livre partout en France. Et À l’ancienne, Alancienne.co, producteurs engagés en agroécologie avec cette promesse : cueillis le matin, chez vous le soir, et livrés en électrique en région parisienne !

-www.potagercity.fr : des paniers de fruits et légumes en direct producteur, partout en France.

- Cagetteviolette.fr (Rhône) / MyFarmers.fr (Nouvelle-Aquitaine)

-www.pourdebon.com/paniers-cp29

-La-douceur.fr - Côte d’Or

-www.ledrivedes4saisons.fr (59)

- www.biofermier.com (68)

- https://epouvantails.fr en régions

-www.mangeonslocal-en-idf.com/points-de-vente

-www.lecampanier.com, paniers bio de fruits et légumes de saison en Ile-de-France

- Tomato&Co, potagers en Ile-de-France

-www.kelbongoo.com à Paris


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Faites le plein d’originalité

« Acheter à la ferme permet aussi de dénicher des spécialités régionales et de revenir à la vraie variété, hors marketing, explique David Mangin, acteur de sa consommation et membre de l’association EnviD’Avre (27). Fleurs comestibles, miel de fleurs de lierre, safran, confitures et chutney, plantes sèches… J’ai trouvé tant de richesses autour de chez moi ! Je fais aussi des demandes spécifiques à ‘mes’ producteurs, comme des yaourts à la confiture de coings de la région. Ça leur permet aussi d’élargir leur offre », dévoile-t-il. Linda Louis, autrice de livres de cuisine bio, locale et sauvage, habituée des circuits courts en Berry, à Bourges. Elle, a découvert une alternative aux noix de cajou : les graines de chanvre locales. Le plus ? « Les produits sont d’une fraîcheur irréprochable, non emballés dans du plastique, qui plus est », se réjouit-elle.

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L’œil de l'expert

Maxime de Rostolan, fondateur de Fermes d’Avenir


« Revenir à une alimentation locale, ce n’est pas faire un pas en arrière, c’est préparer demain »


Comment simplifier les achats en direct ?

Le temps qu’une famille passe à identifier les producteurs de sa région pour répondre à ses besoins alimentaires n’est pas un investissement superflu ou futile : les repères et les habitudes simplifient le quotidien. À chacun de trouver le mix idéal selon ce qu’il considère comme important : local, bio, vente directe, il y a une diversité d’offres et on peut aujourd’hui accorder sa consommation avec ses valeurs.


Comment diminuer le coût des paniers ?

La viande représente une grosse part du budget alimentaire – et l’élevage est le principal poste d’émission de gaz à effet de serre dans l’agriculture. Réduire sa consommation (moins de viande mais de meilleure qualité) permet donc de faire d’une pierre plusieurs coups : en libérant une part de son budget on peut augmenter la qualité des produits que l’on achète, et en parallèle on réduit l’impact environnemental de son assiette.


En quoi acheter à la ferme est vraiment utile ?

De nombreux citoyens pensent « Les petits gestes, c’est bien mais ça ne suffit pas… ». Alors que si ! Un mouvement de fond est bien en train de s’opérer : nous sommes nombreux à essayer de faire changer les choses, à plusieurs niveaux, et les pratiques responsables des consommateurs, la demande croissante de bio, local, de saison, renforce l’argumentaire en faveur d’une transition de modèle. Revenir à une alimentation locale, ce n’est pas faire un pas en arrière, c’est préparer demain.


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À lire

Tous consom'acteurs, Arnaud Brulaire, Rustica. Légende : Dans son chapitre « mieux manger pour pas plus cher » Arnaud Brulaire (p.58-60) démontre qu’il est possible de manger 50 % de produits certifiés (Bio, Label Rouge, MSC) sans augmenter son budget alimentaire.

On a 20 ans pour changer le Monde, Maxime de Rostolan, Larousse.

En Avant !, Maxime de Rostolan, Michel Lafon.


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